Les milliards du Grand Paris attisent l'appétit des entreprises

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Les Echos

 

Entre veille et lobbying, les grandes entreprises apportent leur pierre à l'édifice du Grand Paris sous forme d'études, de colloques, de missions de conseils. Avant même le premier coup de pioche, le projet agit comme un catalyseur de R & D interne.

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La plupart des grands groupes ayant un pied dans l\'aménagement, l\'énergie, le transport, les travaux publics ou le numérique se sont dotés de missions ou de directions Grand Paris, plus ou moins officielles. - HAMILTON/REA
La plupart des grands groupes ayant un pied dans l'aménagement, l'énergie, le transport, les travaux publics ou le numérique se sont dotés de missions ou de directions Grand Paris, plus ou moins officielles. - HAMILTON/REA

Il y a ceux qui ont anticipé. Seul promoteur présent dans l'une des dix équipes d'architectes du Grand Paris dès 2009, Nexity a participé aux travaux et en partie financé le projet mené par Roland Castro. Il y a ceux qui prennent le train en marche... EDF devrait répondre, en partenariat, à l'un des appels d'offres lancés par la Société du Grand Paris (SGP) sur la gare de Clichy-Montfermeil présentée comme l'un des pôles emblématiques du réseau. Il y a ceux qui travaillent déjà : Cisco prépare avec Regus, Orange et Nexity le développement de lieux de travail décentralisés. Et puis ceux qui réfléchissent : le dessin de plus en plus précis du Grand Paris Express, le futur supermétro suscite de multiples vocations. La plupart des grands groupes ayant un pied dans l'aménagement, l'énergie, le transport, les travaux publics mais aussi le numérique se sont dotés d'une plus ou moins officielle mission ou direction Grand Paris. En Ile-de-France, l'intitulé « relations avec les pouvoirs publics » cache bien souvent une Madame ou un Monsieur Grand Paris, même si certains ont du mal à expliquer sur quoi débouche pour l'instant leur action.

Chez Veolia Environnement, la mission Grand Paris regroupe par exemple six personnes à plein-temps chargées de l'animation transversale d'une vingtaine d'autres, réunissant toutes les compétences du groupe. Chez Bouygues Construction, l'équipe a la même taille pour faire converger, le moment venu, tous les métiers (bâtiment, travaux publics, énergies et services...) et apporter une réponse concrète aux appels d'offres. Le mouvement dépasse la simple réunionite : en collaboration avec la chaire d'économie urbaine de l'Essec et l'atelier Roland Castro (décidément), une plaquette et un film ont été produits, qui explorent les places des gares de demain. « Puisque le sujet du Grand Paris n'est plus source de clivage politique, il est probable qu'il survive aux différentes élections. Il nous est indispensable d'en comprendre les enjeux et le marché », explique Jean-Christophe Perraud, directeur général délégué de Bouygues Bâtiment Ile-de-France. « Les entreprises voient là des débouchés possibles dans une situation de crise économique, mais le passage à l'acte tarde à venir », regrette un autre industriel.

Les réseaux s'activent

Si la nébuleuse est telle autour du Grand Paris, c'est que les entreprises frappent à toutes les portes. Derrière celle du réseau de transports s'en cachent une multitude d'autres, beaucoup moins lisibles. Via les collectivités impliquées au travers de leurs contrats de développement territoriaux, la Société du Grand Paris, Paris Métropole, l'Atelier International du Grand Paris... les possibilités sont infinies. Comment se tenir informé de ce qui se passe d'un bout à l'autre de la région ? Par des réseaux. En plus des indispensables circuits informels, plusieurs structures associatives ou plus commerciales se réunissent régulièrement. Pour réfléchir, comme le club des communicants animé par Thomas Hantz de la SGP ou Villes hybrides, créé par Mickael Silly ; ou pour agir comme le Club des entreprises du Grand Paris fondé il y a quelques mois par Jacques Godron. « Nous avons clairement pour objectif de faciliter la signature de contrats », précise-t-il. Une vingtaine de membres aussi variés que AIA (architectes et ingénieurs), Saint-Gobain, Panhard Développement, Colas, GDF Suez, Thalès ou l'université Paris Dauphine paient une cotisation de 2.000 euros par an pour accéder à ceux qui détiennent l'information et décident. La première visite en Seine-SaintDenis était pilotée par Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune. « Lors du prochain atelier, nous parlerons du financement du Grand Paris, de fonds souverains, de partenariats public-privé , de solutions innovantes car les entreprises auront forcément un rôle à jouer dans ces montages », explique-t-il. Le Comité des partenaires de Métrople enfin, créé en juillet dernier, se propose de mettre en cohérence tous les acteurs du territoire...

Impossible de chiffrer les sommes (en temps, en matière grise et en euros) investies dans ces brainstormings, ces rencontres, ces visites, ces voyages d'études... Mais les entreprises voient ces dépenses comme des investissements utiles, d'abord à rapprocher des métiers complémentaires mais inconnus au sein d'un même groupe. A développer ensuite des produits immobiliers ou des offres de services qui trouveront leur place, Grand Paris ou pas. Le lobbying est assumé, même auprès de la SGP qui ne signe que des marchés publics. Peut-il y avoir conflits d'intérêts entre des apporteurs d'idées et les futurs contractants ? « Dans ce cas, les grands groupes peuvent envisager de licencier la plupart de leurs forces commerciales », répond un Monsieur Grand Paris.

CATHERINE SABBAH

http://www.lesechos.fr/journal20120927/lec2_dossier_immobilier/0202287733581-les-milliards-du-grand-paris-attisent-l-appetit-des-entreprises-366287.php

lexique
L'appellation « Grand Paris », marque non déposée, couvre un vaste domaine et beaucoup d'acteurs.
La Société du Grand Paris a été créée en juillet 2010. Elle est le maître d'ouvrage du Grand Paris Express, le métro souterrain dont les travaux commenceront au mieux fin 2013. La SGP est financée par l'emprunt, l'impôt et une subvention qui reste à définir. Elle sera le propriétaire du réseau mais pas son exploitant. Elle a lancé plus de 200 appels d'offres pour des marchés aussi variés que le forage, l'organisation de la concertation ou la maîtrise d'oeuvre des 23 premières gares et la construction du premier tronçon de la ligne Rouge qui devraient être attribués début 2013.
L'atelier international du Grand Paris regroupe 15 groupements d'architectes associés à d'autres spécialistes de la ville. Deux des dix ayant participé au premier appel à projets ne sont plus en lice, sept nouveaux sont entrés dans l'équipe. « Chacun définit lui-même le cahier des charges sur lequel il va travailler, c'est un peu étrange et plutôt mal organisé. Le lien entre les territoires et le projet de métro est pour l'instant inexistant », commente l'un des membres d'une équipe.
Paris Métropole est un syndicat mixte d'études regroupant 199 communes de toutes couleurs politiques, dont certaines ont signé des contrats de développement territorial avec l'Etat.
Écrit par Catherine SABBAH
Journaliste

Publié dans Grand Paris

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