Claude Bartolone avance ses pions sur l'échiquier du Grand Paris

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Claude Bartolone.

Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone prépare, depuis plusieurs semaines, l'arrivée d'un de ses proches à la présidence du directoire de la Société du Grand Paris (SGP). L'établissement sous tutelle de l'Etat est maître d'ouvrage du futur métro « Grand Paris Express », dont les premiers wagons devraientrouler en 2020.

Voir aussi la carte : Tracé du futur Grand Paris Express (mars 2013)

M. Bartolone soutient la candidature de Philippe Yvin, conseiller de Jean-Marc Ayrault à Matignon. M. Yvin a été directeur général des services du conseil général de la Seine-Saint-Denis, sous la présidence de M. Bartolone après avoir été directeur de son cabinet au ministère de la ville de 1998 à 2002. Il est conseillerchargé des collectivités territoriales et de la décentralisation auprès du premier ministre. Sa nomination devrait intervenir en février au terme d'un décret pris en conseil des ministres. « En nommant Yvin, Ayrault donne satisfaction à Bartolone mais montre aussi qu'il reste maître du jeu en désignant un de ses conseillers », décrypte un expert du dossier.

Initialement, M. Bartolone soutenait un autre candidat, Pascal Auzannet, ancien responsable de la RATP, auteur de plusieurs rapports au gouvernement sur le métro du Grand Paris. Ce casting s'est heurté au veto de M. Ayrault. Parrainé par l'exécutif, adoubée par la ministre en charge du Grand Paris, Cécile Duflot, M. Yvin n'est pas pour autant accueilli à bras ouverts par les élus franciliens concernés par le futur métro. Etienne Guyot, l'actuel patron de la SGP nommé en 2011 sous le gouvernement de François Fillon dont le mandat expire normalement en 2015, suscite depuis plusieurs jours un élan de soutien à droite mais aussi à gauche.

Ses défenseurs arguent qu'un changement à la tête de la SGP risque de faireprendre du retard à la réalisation du métro. « Il n'y a de place pour aucun atermoiement car dans cet immense chantier, le temps c'est de l'emploi », a prévenu l'actuel patron de la SGP, lors de ses vœux, lundi 13 janvier. Ancienconseiller de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur puis directeur de cabinet de plusieurs ministres du gouvernement de M. Fillon, M. Guyot a des soutiens à droite : « le limogeage de M. Guyot [est] une chasse aux sorcières » du gouvernement socialiste « soucieux de recaser ses collaborateurs », dénonce Valérie Pécresse, candidate (UMP) déclaré à la région Ile-de-France en 2015.

 HOMMAGES À DROITE ET À GAUCHE

Patrick Devedjian, patron (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, Alain Schmitz, patron (UMP) du département des Yvelines, et Arnaud Bazin (divers droite), à la tête du Val-d'Oise, ont salué, dans un communiqué commun, lundi 13 janvier, « la politique de M. Guyot » et déploré sa révocation. Le Medef et la Fédération des travaux publics se sont également inquiétés de son départ.

A gauche, aussi, M. Guyot a reçu un hommage de Christian Favier, patron (PCF) du Val-de-Marne. Son départ est « un très mauvais signe » alors que « son travail depuis deux ans est reconnu par l'ensemble des élus et des acteurs concernés », estime M. Favier. Le 7 janvier, Paris Métropole, syndicat mixte d'études regroupant 206 collectivités franciliennes a jugé, dans un communiqué, « ni explicable ni acceptable » ce « renouvellement prématuré » à la tête de la SGP.

Les proches du président de l'Assemblée nationale relativisent cette levée de boucliers. « Le communiqué de Paris Métropole a été initié par Patrick Braouezec qui règle ses comptes avec Bartolone », déclare au Monde, Stéphane Troussel, président (PS) du conseil général de Seine-Saint-Denis et successeur de M. Bartolone. Ancien député (Front de Gauche) de la Seine-Saint-Denis et vice-président de Paris Métropole, M. Braouezec est en bisbille avec le patron de l 'Assemblée nationale qu'il accuse d'orchestrer les batailles contre les communistes dans son département. « Ce n'est pas le remplaçant de Guyot qui pose problème, se défend M. Braouezec. Changer le patron de la SGP risque simplement de donner le signe que le projet de métro est remis en cause. »

Lire aussi l'entretien : Braouezec : « La Métropole du Grand Paris est une bombe à retardement politique »

Mais les proches de M. Bartolone l'affirment : la fronde contre Yvin est orchestrée par l'UMP et le PC. « C'est la vieille alliance entre la droite et les communistes qui a longtemps fonctionné en Ile-de-France qui se reconstitue », dégaine son entourage.

Au PS, pourtant, quelques voix s'élèvent aussi : Jean-Yves Le Bouillonnec, député du Val-de-Marne et président du comité stratégique de la SGP juge que mettre fin au mandat de M. Guyot est « une erreur, une faute », confie-t-il au Monde« Nous n'avons pas le temps de nous arrêter, de tergiverser, de retisser une ingénierie », a-t-il martelé lors des vœux de la SGP.

« Le Bouillonnec réagit en temps qu'élu du Val-de-Marne », réplique l'entourage de M. Bartolone. C'est dans ce département que le premier tronçon du futur métro devrait entrer en service en 2020. « Non seulement il n'y aura pas de retard dans le Val-de-Marne, mais l'arrivée d'Yvin est la garantie que la Seine-Saint-Denis ne sera pas oubliée dans les projets de la SGP », assène-t-on encore au cabinet du président de l'Assemblée nationale.

 

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