A 45 minutes en TGV de Paris

Source: http://www.investinreims.com/

 

La plaquette de présentation de Reims: http://www.investinreims.com/medias/plaquette_investinreims.pdf

 

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Reims, Banlieue chic de Paris?

Par L'Express, publié le 15/03/2004

Dans trois ans, grâce au TGV, Reims ne sera plus qu'à quarante minutes de la capitale, contre une heure trente aujourd'hui. Soit autant qu'un trajet en RER d'Evry à Châtelet... La cité rémoise deviendra-t-elle alors une banlieue chic de la capitale? Beaucoup de Rémois seraient tentés d'aller travailler à Paris. A l'inverse, de nombreux Franciliens pourraient être séduits à l'idée de s'installer à Reims tout en travaillant dans la capitale. Rapprochée ainsi des portes de Paris, Reims verra dès lors son destin lié à celui de Paname. 

Que vous évoque Reims? Pour beaucoup, c'est d'abord sa majestueuse cathédrale. Et pour cause: figure emblématique de la royauté française, Reims a été le lieu privilégié du sacre des rois de France. Mais la cité champenoise ne se résume pas à un lieu saint. C'est aussi le temple du champagne, affirmant du coup son penchant pour les traditions et le bon goût. 

Depuis des décennies, ces deux symboles forgent l'identité de la ville et lui assurent une renommée digne d'une grande métropole: vu d'Europe, selon une enquête réalisée par L'Expansion en 1990, Reims apparaît ainsi comme la 9e ville française en termes de rayonnement international. A la même date, Reims ne figurait qu'en 27e position en termes de poids démographique. Mais de même que Paris ne peut être réduit au Louvre et à la tour Eiffel, Reims ne peut l'être à sa cathédrale et à son champagne. 

La capitale économique de la Champagne-Ardenne, dont l'agglomération rassemble plus de 210 000 habitants, manque d'ambition. La «belle en-dormie» a des atouts indéniables, mais peine à s'affirmer. Et pâtit du centralisme parisien: Reims ne compte que 68 entreprises de plus de 100 salariés, selon une étude réalisée par l'Insee en janvier 1999. 

Du coup, l'arrivée du TGV représente l'espoir d'un nouveau départ pour la ville. Et cette ligne, Reims l'a voulue à tout prix. «Le tracé le plus court pour aller de Paris à Strasbourg n'impliquait pas de passer par Reims, rappelle Jean-Louis Schneiter, maire de Reims. Cependant, nous avons prouvé que, s'il devait y avoir une gare intermédiaire en Champagne, ce n'est qu'à Reims qu'elle pouvait se situer, en raison du fort potentiel de clientèle qui s'y trouve. La ligne a donc été déviée pour y passer.» Et le fait que cette ligne TGV, longue de 300 kilomètres entre l'Ile-de-France et la Lorraine, soit la première de France payante pour les collectivités locales, n'a pas rebuté la municipalité, qui a versé près de 84 millions d'euros à RFF (Réseau ferré de France) pour la construction de la gare TGV. Dans le coût global de 4 milliards d'euros, 124 millions d'euros seront à la charge de la région Champagne-Ardenne, des départements des Ardennes, de la Marne et de la ville de Reims. 

Premier objectif: 

rayonner en Europe 

Concrètement, la venue du TGV dans la cité des rois se traduira par la rénovation de la gare actuelle, ainsi que par la création d'une nouvelle gare d'interconnexion à Bezannes, à 6 kilomètres de Reims. Plus importante que la gare centrale, celle-ci reliera la ville à Lille, Londres, Strasbourg, etc. 

Premier objectif: rayonner en Europe. La cité occupe déjà une position de carrefour stratégique entre le Bassin parisien et l'Europe du Nord, soit un marché de 140 millions de consommateurs potentiels. Située au croisement des autoroutes A 4 et A 26 reliant respectivement Paris à Strasbourg et Calais à Dijon, Reims ne sera alors plus qu'à une heure trente de Strasbourg grâce au TGV... 

Deuxième objectif: redynamiser la ville. Le TGV Est sortira-t-il la cité de sa léthargie? Car Reims se repose sur un patrimoine historique de premier plan, qui lui confère une image porteuse. Pourtant, la ville manque d'ambition sur le plan économique. «Cela se reflète dans le tourisme, déclare Jean-Louis Schneiter. Malgré une fréquentation en hausse constante, les gens ne restent pas très longtemps, juste pour visiter la cathédrale et une cave de champagne.» C'est là où le bât blesse. Car Reims ne réussit pas à fixer les entreprises sur son sol. Aussi, avec 11,5 millions de voyageurs prévus pour l'année de lancement sur toute la ligne, les retombées du TGV risquent d'être importantes. 

Pour les sociétés franciliennes, joindre Reims en quarante minutes sera une occasion d'étendre leurs activités vers des sites plus attrayants en matière de qualité de vie et plus avantageux économiquement, du fait de coûts immobiliers plus faibles. La liaison rapide Paris-Reims permettra d'attirer les touristes, qui pourront visiter la ville en une journée, au même titre que Disneyland ou les châteaux de la Loire. 

Autre avantage: grâce au TGV Est, Reims sera intégré au Réseau ferré de France et deviendra un carrefour d'échanges. Aujourd'hui, pour voyager entre Reims et d'autres villes françaises, la SNCF impose la plupart du temps aux voyageurs de passer par Paris et de changer de gare. Intégrer Reims au réseau ferré national, c'est aussi établir des lignes directes avec les autres villes de province et valoriser l'aéroport de Reims Champagne. Or le taux de fréquentation de ce dernier a chuté ces dernières années et le partenariat avec Ryanair a d'ailleurs pris fin, faute de clientèle suffisante. Améliorer les liaisons TGV, c'est donc faire gagner à la ville de Reims une plus grande autonomie. 

Mais si ce rapide rapprochement est un atout inestimable, encore faut-il savoir en faire bon usage. La réduction du temps de déplacement entre Reims et la capitale, en particulier l'aéroport de Roissy (trente-cinq minutes), risque de faire de l'ombre à l'aéroport de Reims Champagne, déjà en difficulté. La ville, alors, pourrait devenir un simple satellite de la capitale. «L'arrivée du TGV n'est pas totalement sans danger, confirme le maire. En étant à quarante minutes de la gare de l'Est et à trente minutes de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, il est évident que nous ne deviendrons jamais une métropole de la taille de Lyon, Marseille, Lille ou Bordeaux. Cependant, la proximité peut avoir deux avantages importants: d'une part, la venue d'entreprises importantes, en particulier dans les secteurs high-tech, tertiaire et logistique. Et, d'autre part, l'arrivée d'une population aisée dans et aux alentours de Reims. Comme ce qui s'est passé dans les autres villes accueillant le TGV, les entreprises vont suivre le mouvement de population.» 

Car l'arrivée du TGV coïncide aussi avec la mode consistant à «se mettre au vert», ce que les cadres supérieurs et les professions libérales apprécient tout particulièrement. Et pour cause. Quarante minutes pour se rendre à son travail est une durée faisant rêver plus d'un Francilien habitué aux sempiternels embouteillages. Comment, alors, ne pas être tenté par l'idée de vivre à Reims, de jouir d'un cadre de vie agréable, tout en continuant de profiter des avantages d'une vie professionnelle basée à Paris? Nathalie Jacquet a fait ce choix. Arrivée à Reims en 1990, cette directrice des relations extérieures a continué de travailler pendant deux ans au siège social d'Air France, situé alors sur les Champs-Elysées, en tant que responsable marketing. Supportant sans broncher ses cinq heures de déplacements quotidiens, elle se rend compte rapidement des limites de cette vie: «Avec les enfants, c'est devenu ingérable», confie-t-elle. Concilier une vie familiale épanouie avec un tel emploi du temps relève en effet d'un véritable exploit. Pourtant, elle ajoute: «Avec le TGV, j'aurais envisagé de garder mon job à Paris.» 

La proximité Reims-Paris pourrait, en effet, séduire plus d'un Francilien. «En tant que mère de famille, je suis heureuse de vivre ici, témoigne Nathalie Jacquet. Tout est à échelle humaine.» Car la vie rémoise, loin du gigantisme et du stress de la capitale, présente de nombreux atouts. Reims offre, en plus d'un patrimoine historique de renom, de nombreux espaces verts. La coulée verte, qui s'étend sur près de 650 hectares au coeur de la cité, d'un seul tenant, est l'un des lieux favoris des Rémois, qui pratiquent de nombreuses activités sportives, de la course à pied à l'aviron, en passant par le roller. Le tout en plein centre-ville. La cité dispose aussi d'une université, qui capte la majorité de la population estudiantine régionale, soit 22 000 étudiants, de classes préparatoires ainsi que d'une école de commerce. Reims, c'est enfin son inévitable place Drouet-d'Erlon, véritable concentré de cafés et de restaurants au style Art déco, également le lieu de toutes les manifestations locales. «Pour se ressourcer, pour se reposer, ce sont mes amis parisiens qui viennent», déclare Nathalie Jacquet. 

Loin d'être une simple station estivale pour Franciliens exténués, Reims a aussi une place économique à défendre: des Parisiens travaillent désormais à Reims. «De mon appartement du XXe arrondissement à mon travail, je mets une heure trente», raconte Gaëlle Le Guirriec, professeur d'économie. Soit autant que pour aller à Cergy-Pontoise en voiture. 

En vérité, cette délicieuse harmonie entre vie professionnelle et familiale pourrait attirer des couples avec enfants dans une ville plutôt jeune. Selon le recensement de 1999, la composition par tranche d'âge révèle une proportion de 20-39 ans largement supérieure à la moyenne nationale, soit 37% contre 27. Mais cette arrivée risquerait d'engendrer une flambée des prix immobiliers, phénomène déjà constaté en Provence-Alpes-Côte-d'Azur après l'arrivée du TGV Méditerranée. Car, en plus des nombreux Parisiens qui voudront élire domicile à Reims tout en travaillant dans la capitale, beaucoup d'autres seront tentés d'y avoir une résidence secondaire, augmentant du coup la demande de logements ainsi que les prix immobiliers. Reims deviendrait alors une sorte de vaste cité résidentielle de luxe. Bref, une banlieue chic de Paris. Ce que le maire de la ville ne craint pas. «Reims est, à l'exception de Paris, la ville la plus dense de France. Le foncier y est relativement cher. En outre, il reste peu de place dans la ville elle-même et dans l'agglomération, ce qui va freiner l'afflux de population. Les nouveaux arrivants vont donc avoir tendance à s'installer dans un rayon de 10 à 15 kilomètres aux alentours. La densité de la ville jouera contre le développement de sa population, mais pour celui de son économie.» Aussi faut-il prévoir une montée des prix à proximité immédiate de la ville. «Il est vrai qu'il y a déjà des augmentations dans certains villages. Mais ceux-ci s'organisent au travers de communautés de communes. A cela s'ajoute la création prochaine du Pays rémois, qui rassemblera l'ensemble des communes et communautés de communes en vue d'une certaine cohérence urbanistique et géographique, dans la définition des moyens de transports notamment. Il faut donc s'attendre à un fort développement de la région.» 

Aujourd'hui, le TGV constitue une réelle chance et un enjeu majeur pour les villes soucieuses de leur développement. Car il est devenu l'emblème de la ville du XXIe siècle, une sorte d'ascenseur urbain qui place désormais l'heureuse élue dans la cour des grands. Si la «suburbanisation» de Reims n'est pas pour demain, ce risque doit néanmoins interpeller les élus locaux sur la façon d'exploiter au mieux les bénéfices apportés par la venue du TGV, tout en préservant la ville de ses éventuels effets pervers. Reims gardera-t-elle son indépendance? «C'est l'un des enjeux à venir, conclut le maire. Nous devons mettre en avant la proximité avec la capitale en faisant passer l'idée que Reims est une ville où l'on trouve tout, et pas seulement la banlieue de Paris. C'est en train de se faire, y compris chez les Rémois, qui commencent à réagir dans ce sens. A vrai dire, je pense que le TGV permettra de renforcer le statut de métropole régionale de la cité.» Symbolique à bien des égards, le TGV n'est pas pour autant ce trophée que l'on brandit rageusement pour signifier son triomphe; il pose un véritable défi. Attendre passivement sa venue ne suffit pas, il faut s'y préparer activement. Cette fois-ci, la balle est dans le camp des Rémois... 

Mathieu Iselin, avec Anaïs Cohen