La croissance picarde portée par l'extension du bassin parisien

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

 

Le document: http://www.insee.fr/fr/insee_regions/picardie/themes/ipa/ipa84/PDF/IPA84.pdf

 

Au 1er janvier 2011, la population de la Picardie s'établit à 1 918 155 habitants. 
La région a gagné 178 000 personnes entre 1982 et 2011. Sa croissance correspond à l'influence grandissante des grandes aires urbaines. Ainsi, le sud de la région a bénéficié de l'extension de la métropole parisienne et, dans une moindre mesure, une bonne partie de la Somme s'est développée autour de l'agglomération amiénoise.

Ce phénomène a eu pour effet d'accentuer les disparités entre le nord et le sud de la région, qui a davantage profité de la hausse de la population. De même, c'est essentiellement le milieu rural qui a bénéficié de cet apport de nouveaux habitants, alors que les plus grandes communes peinent, au contraire, à les conserver.

Sommaire

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Entre 1982 et 2011, la population picarde a gagné près de 178 000 habitants, soit une croissance de +0,34% par an représentant environ
6 100 habitants de plus chaque année. Ce rythme est inférieur à la moyenne nationale (+0,54% par an), mais supérieur à celui du Nord-Pas-de-Calais et des régions de l'est (Champagne-Ardenne, Lorraine, Bourgogne). Cette progression situe la Picardie au 14e rang des régions métropolitaines.

carte : Taux de croissance annuel de la population entre 1982 et 2011 

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Le sud de la Picardie sous l'influence du bassin parisien

La Picardie a profité de l'extension du bassin parisien dont l'influence s'étend dans un rayon de 100 km autour de la capitale et contribue au dynamisme démographique du sud de la région.

Cette vitalité explique que l'Oise soit le département qui a connu la plus forte progression avec +0,68% par an entre 1982 et 2011 (soit 5 000 habitants en plus chaque année), qui le positionne au 30e rang des départements métropolitains. 
Son rythme d'évolution est comparable à ceux d'autres départements du grand bassin parisien, tels que l'Essonne, les Yvelines, le Loiret, l'Eure ou l'Eure-et-Loir.

La hausse est beaucoup plus modérée dans la Somme, avec une progression de +0,16% par an de sa population, soit 900 habitants. Ce rythme place le département seulement au 70e rang de la métropole, mais il est semblable à celui observé dans la Marne, l'Aube, la Seine-Maritime et le Pas-de-Calais.

Enfin, l'évolution de population a été très faible dans l'Aisne avec seulement 250 habitants de plus chaque année, soit +0,05% par an. Cela situe le département au 80e rang métropolitain, un niveau à peu près semblable à celui du Nord mais supérieur à celui des 13 départements qui ont perdu des habitants entre 1982 et 2011, dont la Haute-Marne et les Ardennes. En fait, cette quasi-stagnation résulte d'une évolution très contrastée avec le nord du département qui a perdu de la population tandis que le sud, frontalier des aires urbaines parisienne et rémoise, en a gagné lors de ces 30 dernières années.

carte : Taux de croissance annuel moyens de la population de la Picardie et des dpartements limitrophes entre 1982 et 2011 

La place de l'Aisne et la Somme a reculé en 30 ans parmi la hiérarchie des départements français Population 1982-2011 et rang parmi les départements français
  Population (PSDC) 1982 Rang parmi les départements français en 1982 Population municipale 2011 Rang parmi les départements français en 2011 Taux de croissance annuel moyen (%) Évolution globale 1982-2011 (%)
Source: Insee, recensements de la population 1982 et 2011
Aisne 533 970 39e 541 302 49e 0,05 1,4
Oise 661 781 28e 805 642 28e 0,68 21,7
Somme 544 570 35e 571 211 44e 0,16 4,9

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Une hausse portée uniquement par le solde naturel

La croissance démographique en Picardie entre 1982 et 2011 repose sur un solde naturel excédentaire (+0,47% par an sur la période) qui compense le déficit migratoire résultant d'un nombre de départs définitifs supérieur aux arrivées 
(-0,13% par an). Il est à noter que, grâce à sa fécondité vigoureuse, la Picardie possède le 5e taux de solde naturel le plus favorable de France métropolitaine sur ces 30 dernières années, derrière l'Île-de-France, le Nord-Pas-de-Calais, Rhône-Alpes et la Haute-Normandie. L'excédent est toutefois nettement plus marqué dans l'Oise (+0,67% par an) que dans l'Aisne et la Somme (respectivement +0,34% et +0,32%). Ce rythme le situe d'ailleurs au 9e rang des départements français de métropole.

L'Oise est également parvenu, sur 30 ans, à équilibrer ses arrivées et départs définitifs (-0,01% par an). Cependant, ce résultat masque un excédent jusqu'à la fin des années 1980 qui s'est progressivement transformé en déficit début des années 2000. Le département de la Somme est resté toujours légèrement déficitaire tout au long de la période (-0,16% par an), de même que l'Aisne mais de façon plus accentuée (-0,29% par an), annihilant pratiquement chaque année les gains du solde naturel ce qui a conduit à une quasi-stagnation de la population du département depuis 1982. Cet impact négatif des migrations sur l'évolution démographique est commun à un grand espace nord-est de la France, alors qu'au contraire, elle contribue au dynamisme des parties ouest et sud du pays.

Encadré : Le Nord, l'Est et les très grandes villes sont plus féconds mais l'Ouest et le Sud attirent les migrants

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Évolutions opposées entre nord et sud

L'évolution démographique a eu aussi pour conséquence d'accentuer les disparités entre le nord et le sud de la région. Ainsi, l'ensemble des cantons de l'Oise a connu une progression de leur population entre 1982 et 2011, allant jusqu'à 45% et 50% dans ceux du Coudray-Saint-Germer, Lassigny, Nanteuil-le-Haudouin, Betz, Noailles. Seuls ceux fortement urbanisés - Creil, Compiègne, Montataire, Beauvais, Noyon - ont une hausse beaucoup plus modérée.

Dans la Somme, la croissance concerne la grande couronne d'Amiens alors que la population de la ville elle-même n'a pratiquement pas évolué en 30 ans. 
Ce phénomène se retrouve dans d'autres agglomérations ou aires urbaines, comme Le Mans ou Limoges, où la ville stagne ou perd des habitants au profit de sa banlieue ou/et de sa couronne périurbaine. Cela tient à un double phénomène, observé dans le grand Amiénois : une concentration de l'emploi dans les grands pôles mais un étalement de l'habitat de plus en plus lointain autour de ces pôles, selon la disponibilité et le coût du foncier et les possibilités de communication, routières ou ferroviaires.

En revanche, certains cantons, plus éloignés d'Amiens, ont perdu de la population, souvent confrontés à une perte d'attractivité auprès des jeunes et à des difficultés en matière d'emplois. C'est le cas des cantons de Friville-Escarbotin, Ault et Crécy-en-Ponthieu dans l'ouest du département, de ceux de Péronne, Ham et Roisel dans l'est, à rapprocher des problèmes observés dans les bassins d'emploi de Chauny-Tergnier et Saint-Quentin situés à proximité.

Dans l'Aisne, on retrouve le contraste nord-sud puisque près de la moitié des cantons (19) ont perdu de la population durant ces 30 dernières années, surtout en Thiérache, où les baisses atteignent ou dépassent les 10% dans les cantons d'Aubenton, Nouvion-en-Thiérache, Hirson, Bohain-en-Vermandois et Rozoy-sur-Serre. Dans le même temps, le département limitrophe des Ardennes perdait, globalement, plus de 6% de sa population. Le sud connaît une meilleure situation avec des hausses supérieures à 30% dans les cantons de Charly-sur-Marne et Neuilly-Saint-Front. Le Soissonnais fait quant à lui exception en raison des graves difficultés économiques qu'il a rencontrées et de son relatif éloignement des deux pôles d'emploi d'Île-de-France et de Reims. Cela rejoint le constat fait dans certaines régions comme la Champagne-Ardenne, la Lorraine, le Limousin ou l'Auvergne, où les pôles d'emploi de petite ou moyenne taille gagnent assez rarement des habitants dans leur zone d'attraction.

carte : Taux d'évolution annuel moyen de la population des cantons picards entre 1982 et 2011 

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La croissance a surtout eu lieu en milieu rural

L'évolution de ces 30 dernières années met aussi en lumière l'opposition entre urbain et rural. Ainsi, dans la région, les communes de 10 000 habitants et plus, au nombre de 22 aujourd'hui, ont, globalement, tout juste maintenu leur population tandis que celle-ci augmentait au plan régional. C'est pourquoi leur poids démographique au sein de la Picardie a diminué de près de 3 points, passant de 32,5% à 29,7%. Cela dit, leur évolution n'a pas été uniforme, puisque 9 communes ont gagné des habitants, 4 sont restées stables et 9 en ont perdus. Ce rééquilibrage s'est fait au profit du sud de la région, toutes les communes étant en croissance dans l'Oise, à quoi il faut ajouter Villers-Cotterêts, et essentiellement de petites villes de 10 000 à 15 000 résidants. À l'inverse, les communes touchées par la baisse de leur démographie sont surtout au nord et dans la vallée de l'Oise, y compris dans sa partie isarienne. Cela comprend, notamment, la totalité des pôles de 20 000 à 50 000 habitants, qui contribuent en bonne partie à la structuration de la Picardie.

En 30 ans, la plus forte progession pour Pont-Sainte-Maxence, Clermont et Villers-Cotterêts Évolutions de la population entre 1982 et 2011 en Picardie
Communes Population (PSDC) 1982 Population municipale 2011 Taux de croissance annuel moyen (%) Évolution globale 1982-2011 (%)
Source: Insee, recensements de la population 1982 et 2011
Pont-Sainte-Maxence 9 479 12 263 0,89 29,37
Clermont 8 628 10 758 0,76 24,69
Villers-Cotterêts 8 380 10 411 0,75 24,24
Méru 11 436 13 650 0,61 19,36
Crépy-en-Valois 12 228 14 374 0,56 17,55
Nogent-sur-Oise 16 980 18 996 0,39 11,87
Senlis 14 514 15 845 0,30 9,17
Chantilly 10 065 10 959 0,29 8,88
Beauvais 52 365 54 189 0,12 3,48
Amiens 131 332 133 327 0,05 1,52
Château-Thierry 14 557 14 413 -0,03 -0,99
Montataire 12 855 12 626 -0,06 -1,78
Compiègne 40 384 39 517 -0,07 -2,15
Creil 34 709 33 741 -0,10 -2,79
Noyon 14 041 13 593 -0,11 -3,19
Abbeville 24 915 24 104 -0,11 -3,26
Laon 26 676 25 745 -0,12 -3,49
Soissons 30 213 28 551 -0,19 -5,50
Tergnier 15 492 14 135 -0,32 -8,76
Albert 10 894 9 837 -0,35 -9,70
Saint-Quentin 63 567 56 278 -0,42 -11,47
Chauny 13 435 11 771 -0,45 -12,39
Total 485 435 471 827 0,01 0,34

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Ce ralentissement de la croissance urbaine se retrouve aussi, dans une moindre mesure, dans les communes de 5 000 à 10 000 résidants, qui, pris dans leur totalité, n'ont gagné que peu d'habitants durant la période : 
5 300 en tout, soit un rythme de +0,14% par an. À l'inverse, la fin des années 1970 a marqué la fin de l'"exode rural", si bien que, dans leur ensemble, en Picardie comme en France, les communes rurales ne perdent plus de population. Mieux, les communes picardes de moins de 1 000 habitants ont gagné en 30 ans 100 000 personnes, expliquant à elles seules 57% de la hausse régionale. Cela a été complété par la croissance soutenue des petites communes de 1 000 à 3 500 habitants qui ont accueilli, de 1982 à 2011, 52 500 habitants supplémentaires, soit près de 30% des gains de la région. Cette évolution est toutefois différente selon les départements. Dans l'Oise, l'augmentation a été forte, quelle que soit la taille de la commune. Du fait du développement des pôles de 10 000 à 20 000 habitants, le solde est même positif dans les villes de 10 000 personnes ou plus. Dans le même temps, les villes de 3 000 à 10 000 ont progressé à un rythme presqu'aussi rapide que les plus petites (+0,8% par an contre un peu plus de +1% par an). Dans la Somme, seules les communes de moins de 1 000 habitants ont connu des hausses, notamment les moins de 500 (+0,5% par an). Elles expliquent 93% de la croissance du département. Dans leurs autres communes, les gains ou pertes selon leur taille sont souvent globalement limités. Dans l'Aisne, ce sont aussi les communes de moins de 1 000 habitants qui concourent à la progression de la population, mais à un rythme moins élevé (+0,35% par an). Toutefois, leurs apports sur 30 ans (20 400 personnes) permettent de limiter les reculs enregistrés dans les communes de 3 000 habitants et plus qui, cumulés, représentent une baisse de près de 17 000 résidants !

C'est essentiellement le milieu rural qui a bénéficié d'une hausse de population Évolutions de la population entre 1982 et 2011 en Picardie
Tranche de population Population (PSDC) 1982 Population municipale 2011 Taux de croissance annuel moyen (%) Évolution globale 1982-2011 (%)
Source : Source: Insee, recensements de la population 1982 et 2011
Communes de moins de 500 habitants 294 387 351 255 0,61 19,32
Communes de 500 à 999 habitants 231 208 274 884 0,60 18,89
Communes de 1 000 à 2 999 habitants 383 500 435 950 0,44 13,68
Communes de 3 000 à 4 999 habitants 135 028 151 605 0,40 12,28
Communes de 5 000 à 9 999 habitants 129 947 135 216 0,14 4,05
Communes de plus de 10 000 habitants 566 251 569 246 0,02 0,53
Total 1 740 321 1 918 156 0,34 10,22

Encadré : Un ralentissement de la croissance démographique entre 2006 et 2011

Publié dans Bassin Parisien

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