Métropole marseillaise, c'est loin d'être gagné
Du slogan politique à la réalité institutionnelle, on le sait, le chemin est long. Et quand le gouvernement annonce, avec détermination, sa volonté de voir la métropole marseillaise émerger au plus vite, reposant, comme à Lille ou Lyon, sur 1,8 million d'habitants, les bons connaisseurs des spécificités régionales ne peuvent qu'esquisser un sourire. Bien sûr, des communistes aubagnais en passant par les élus aixois UMP, sans oublier les socialistes de l'Etang de Berre, tout le monde a proféré la plus sonore fin de non recevoir. Pour ces territoires dont certains ont fait voter des référendums pour afficher le soutien de leur population, entrer dans un Grand Marseille correspondrait à une perte de souveraineté inconcevable.
A partir de ce front du refus granitique, plusieurs hypothèses s'ébauchent. La plus naïve consisterait à croire que la détermination gouvernementale serait en capacité de faire bouger les lignes ; c'est à croire que Jean-Marc Ayrault n'a jamais eu le bonheur de croiser la route de Maryse Joissains à Aix. La plus surréaliste dessinerait l'hypothèse d'un changement de majorité politique en 2014 aux prochaines élections municipales avec le succès de listes dont le slogan serait, « Oui au mariage avec Marseille ». La plus réaliste met en exergue un passage en force législatif dans le cadre de l'acte III de la décentralisation programmée pour mars 2013, ce qui donnerait au final un grand territoire à reculons, figé dans son fonctionnement puisque l'on imagine de là des accordailles baroques entre communistes, socialistes et UMP au sein de la future institution pour ne pas se laisser manger par l'ogre marseillais. D'autres amateurs de fiction institutionnelle propulsent Maryse Joissains à la tête du futur Grand Marseille, ce qui relèverait, avouons-le, du Grand n'importe quoi.
Bref, l'affaire est loin d'être gagnée et il suffit au Premier ministre de tourner son regard plus à l'Est, du côté de Nice, pour comprendre qu'en matière métropolitaine, la France est très éloignée de l'Allemagne et de ses larges et solides landers. Profitant de la loi sur la réforme territoriale de décembre 2010, Christian Estrosi (UMP), maire de Nice, aidé par Eric Ciotti (UMP), président du Conseil général, avait cru que la mise en place d'une métropole serait moins douloureuse dans un secteur où le bleu politique (UMP) est archi-dominant. Au final, la grande métropole annoncée ressemble plus au plus petit dénominateur commun qu'au vaste territoire puissant repérable sur Google maps.
Et les opposants à la métropole azuréenne ne sont pas des « petits » maires arcboutés sur leurs « petites » prérogatives : Jean-Jacques Léonetti (UMP), ancien ministre des Affaires européennes, maire d'Antibes, ou encore Jean-Claude Guibal, sénateur-maire (UMP) de Menton, et Bernard Brochand (UMP), député-maire de Cannes, ont toujours été d'une fidélité absolue envers Nicolas Sarkozy, soutien inconditionnel de la métropole niçoise. Morale de l'histoire, même lorsque les voyants politiques sont au vert, ce qui n'est pas le cas de Marseille, le désir métropolitain reste à l'état de vœu pieux. Il faudrait sans doute essayer de mieux comprendre cette spécificité française, en évitant de les qualifier « d'égoïsmes archaïques », avant d'espérer relever un défi inatteignable. Une loi ne règlera rien : comment imaginer qu'une métropole fonctionne si la majorité de ses futurs élus la trouvent illégitimes ?
Extrait de Lettre d'information du réseau projets urbains - N° 284 (24/09/2012)
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