Le Bassin parisien dans le projet de SDRIF 2013

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

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<Le Bassin parisien dans le projet de SDRIF 2013

 

A lire certains, le Bassin Parisien (BP) ne serait qu’un simple espace géographique, voire géologique, au mieux une nouvelle couronne concentrique autour de Paris. Pour preuve de cette vision réductrice, il ne dispose d’aucune véritable existence administrative ou institutionnelle, personnifiée par un lieu politique et démocratique dédié exclusivement à sa « gouvernance », hormis la modeste C8.

En rester là, ne peut que conduire à méconnaître les enjeux que sous-tend le BP qui englobe huit régions, formant un ensemble de 190 000 km2 (35 % du pays), accueillant 25 millions d'habitants (42 % de la population française), et concentrant 48% du PIB français.

Ainsi présenté, il apparaît comme « un système métropolitain composé d'aires urbaines distinctes qui s'articulent autour d'une aire centrale, l'agglomération parisienne » et même comme « une ville globale » ou encore « une méga-région » qui représente un levier de développement dans une économie mondialisée et en crise. L’un des moyens d’utiliser efficacement ce levier consiste à penser ce très grand territoire autour d’une « métropole de rang mondial », en termes de « complémentarités entre les régions », de « coopération institutionnelle ou économique à l'échelle interrégionale ».

Le projet de Schéma Directeur Régional de l’Ile-de-France (SDRIF) 2013 semble emprunter cette voie.

Dans le 1er paragraphe du SDRIF, ses rédacteurs rappellent que celui-ci est « établi en concertation avec l’ensemble des collectivités et des acteurs d’Ile-de-France, en association avec l’Etat et en lien avec le Bassin parisien ». Un item intitulé « Rééquilibrer les dynamiques territoriales » contient un sous-item qui atteste également de ce souhait. Le SDRIF vise dans la même logique une nouvelle cohérence interrégionale à l’échelle du Bassin parisien.

Il convient de souligner que les auteurs du SDRIF évoquent ici non plus les régions limitrophes de l’Ile-de-France mais bien les villes franges dont la vocation, dès lors qu’elles bénéficient d’une liaison ferrée, est de servir de point d’appui à la polarisation de logements, d’activités économiques et d’équipements structurants. Il y a donc ici un espace cohérent qui de dessine.

Le SDRIF est sur plusieurs points, clairement articulé avec le Bassin parisien.

Ainsi, en matière de création d’emplois, si l’objectif de 28 000 créations est supérieur à celui des années passées (25 000), cela est présenté comme le résultat d’un souci de « solidarité territoriale à l’échelle du Bassin parisien » ; 3000 créations emplois par an étant fléchées sur le BP hors IDF.

L’aménagement de cités scientifiques s’inscrit dans ce cadre. Il s’agit de grands sites dédiés, associant concentration d’unités et de laboratoires de recherche, des espaces d’accueil pour les entreprises, des incubateurs, des lieux d’interface, des logements, des équipements et services, des lieux de vie et de rencontre. Ces regroupements s’accompagneront d’un maillage des différents territoires franciliens entre eux, ainsi qu’avec les principaux pôles économiques, y compris ceux situés dans les autres régions du Bassin parisien afin de renforcer les synergies.

Concernant les transports, les auteurs du SDRIF entendent « penser le Réseau routier à l’échelle du Bassin parisien » et prévoient « un contournement ferroviaire de l’Ile-de-France au sein du Bassin ».

L’effort mis sur le logement avec 70 000 constructions annuelles est lui aussi relié au Bassin parisien, puisque l’Ile-de-France importe en sa provenance 45% de ses granulats, comme il est rapporté dans le SDRIF.

Enfin, l’échelle pertinente, en matière de biodiversité et de continuités écologiques ne saurait être autre que celle du Bassin parisien. La question de l’eau est notamment ici pointée. Que ce soit relativement à l’approvisionnement en eau (une baisse de 25% à 30 % des débits des fleuves du Bassin parisien due au changement climatique est prévue d’ici 2050) ou que ce soit relativement au risque d’inondation.

Considérant l’ensemble de ces éléments, il est logique que les auteurs du SDRIF aboutissent à la proposition d’ouverture de la C8 (Conférence des 8 régions du Bassin parisien destinée à produire une vision partagée d’un espace de vie de 25 millions d’habitants) à d’autres partenaires publics et privés, ayant le statut d’organisations associées.

La question de la gouvernance du Bassin parisien est donc posée, sans encore prendre la forme d’un « gouvernement d'agglomération ». Ce mouvement correspond d’ailleurs à celui engagé « en interne » par d’autres métropoles du Bassin parisien, comme la métropole normande (Rouen-Caen-Le Havre) ou le « G10 » autour de Reims (futur Pôle métropolitain).

Mais à l’heure où une nouvelle réforme de l’organisation territoriale de l’Etat (au sens large) est annoncée, « penser un très grand territoire autour d’une métropole de rang mondial » peut-il se contenter d’une C8 élargie et d’une simple coopération renforcée ? L’enjeu n’est autre que le positionnement de Paris, de Paris Métropole, du Grand Paris, de l’Ile-de-France et du Bassin Parisien dans la mondialisation et par conséquent de celui de la France, avec pour corrolaire le niveau de vie de ses habitants.

Il est donc temps et nécessaire d’innover institutionnellement, à travers un « political rescaling ». L’idée d’un « Syndicat Bassin parisien –Ville mondiale » produite par Frédéric Gilli, directeur délégué de la chaire Ville de Science po – Centre d’études européennes, prend ici tout son sens.

Lors de sa visite à Marseille, Marylise Lebranchu a déclaré vouloir « inventer un système particulier » avec « une grande métropole » dotée de « compétences essentielles qui pourraient être gérées en commun » tandis que les pôles métropolitains mis en place par les EPCI pourraient « continuer à travailler sur la proximité ». Pour cela, a-t-elle admis, il faudra « une nouvelle loi car quand on a des pôles de cette ampleur à structurer, il faut des textes spécifiques ». Le diagnostic posé pour Marseille est également valable pour Paris et le Bassin Parisien. Pour paraphraser Henri de Navare, « Paris vaut bien une loi ».

 

Karim Lakjaâ

Fondateur de l’Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Directeur de Projet « développement métropolitain », dans le cadre du Grand Bassin Parisien, Direction Générale des Services de Reims Métropole

Docteur en Droit

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Publié dans SDRIF - IDF

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