Projet de SDRIF : intervention générale – François Labroille

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien


Schéma directeur de la région Île-de-France... par FdG-PCGUAC-IDF

Conseil régional des 24 et 25 octobre 2012

Projet de SDRIF

François Labroille

Cher-e-s collègues,

Enfin ! a-t-on envie de dire au moment de discuter de ce nouveau projet révisé du SDRIF.
Enfin ! parce que cela fait presque 10 ans que nous remettons l’ouvrage sur le métier.
Enfin ! Parce que nous définissons la planification de l’aménagement sans laquelle aucun des enjeux concernant le logement, l’emploi, les transports ne peut être sérieusement traité ; sans laquelle aucune politique publique ne peut trouver pleinement son sens.
Enfin ! Parce que nous savons que concevoir l’aménagement à l’horizon 2030 c’est parler d’un projet de société, c’est parler d’un destin collectif au moment où tant d’inquiétudes, tant d’incertitudes traversent nos concitoyens, les salariés, les jeunes…

Je ne reviendrai pas ici longuement sur les responsabilités de la droite et du gouvernement précédent dans les atermoiements de l’État qui a bloqué durant prés de trois ans l’immense travail entrepris de 2004 à 2008.

Chacun se souvient que le conflit n’était pas vraiment institutionnel, ni vraiment d’ailleurs dans l’importance accordée par les uns et les autres aux questions du devenir dune région et d’une ville monde. Il était et demeure avant tout dans les conceptions même du développement et de l’aménagement de l’Île-de-France à l’heure des grandes crises économiques, sociales et écologiques.
Chacun sait que le conflit était un conflit de projets. Parce que le modèle théorisé par Christian Blanc de quelques clusters relié par un métro rapide s’inscrivait sans la contester dans une mondialisation libérale et pensait que la question écologique et la question sociale allaient être résolues par les vertus d’une croissance mythifiée, sans en interroger ni les modalités, ni les finalités. Parce que les grands principes organisateurs du SDRIF de 2008 étaient d’une toute autre nature et qu’ils sont aujourd’hui réinvestis pour penser un autre modèle de développement.

Alors, depuis un an, notre groupe a pleinement joué le jeu, pout contribuer à ce processus collectif, avec Alain Amedro, l’équipe de l’unité aménagement durable et de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme, la commission aménagement du territoire qui a été pleinement associée.

Si je m’en tiens à l’essentiel, nous jugeons le projet à l’aune des grandes orientations du SDRIF de 2008 que nous saluions dans notre propre programme de campagne en 2010 en nous donnant pour objectif – je cite – de les « prolonger pour rééquilibrer les pôles de développement, promouvoir la ville compacte et lutter contre l’étalement urbain, rapprocher l’habitat de l’emploi… développer les espaces verts et les surfaces réservées aux surfaces agricoles… construire le logement social, développer les équipements de service public ».

Oui, nous y retrouvons cette conception d’ensemble qui esquisse un modèle alternatif de développement aux logiques dominantes, de la croissance financière et du productivisme. C’est là le critère fondamental de notre appréciation. Plus encore qu’au milieu des années 2000, parce que la crise appelle des ruptures plus franches. Pour nous, la soutenabilité du développement repose sur la priorité à la lutte contre les inégalités, pour affronter l’impératif écologique et celui d’un développement économique largement réorienté.

Sans négliger les ambitions concernant le logement et tout particulièrement l’objectif des 30 % de logements sociaux, ou celles concernant le facteur 4 de réduction des émissions de gaz à effets de serre d’ici 2050, je voudrais simplement souligner trois enrichissements particulièrement importants à nos yeux.

D’abord l’accent mis sur la métropolisation, avec les phénomènes inédits qui s’y produisent, avec les enjeux d’une métropole solidaire, désormais beaucoup plus présents que dans la version antérieure, pointant les risques redoutables de ségrégation renforcée mais aussi les opportunités d’un développement plus articulé de tous les territoires. Le parti pris est plus ferme qu’en 2008 pour dépasser l’opposition centre périphérie, reconnaître le rôle de la zone dense et la valeur contributive de tous les territoires. Avec les 14 territoires d’intérêt métropolitains, ce n’est plus la vision caricaturale, sélective et hyper spécialisée des 8 ou 9 pôles du Grand Paris de Nicolas Sarkozy et de Christian Blanc.

Nous sommes sur des TIM d’ampleur plus large, correspondant à de vraies dynamiques de projet ; avec des territoires très différents et complémentaires, de Paris aux franges de l’Île-de-France. Il s’agit de les dynamiser, de participer au rééquilibrage Est/Ouest, de les inscrire dans le système métropolitain. Bref, ce SDRIF renouvelle le polycentrisme et réconcilie « la ville d’exception et la ville ordinaire » pour reprendre une belle formule.

Ensuite, la dimension structurante que constitue le réseau de Grand Paris Express. C’est la pierre angulaire du nouveau SDRIF, bien plus ambitieux que l’esquisse de rocade avec deux arcs simplement inscrits au SDRIF de 2008. Le plan de mobilisation et les débats publics de 2010 et 2011 sont passés par là. Le SDRIF intègre de façon beaucoup plus ambitieuse cette relation entre transport et aménagement avec le raccordement de Grand Paris Express à l’existant, une desserte et un maillage repensés et renforcés, l’urbanisation prioritaire autour des gares, autant de facteurs de la densification et de la compacité urbaine.

Enfin, les nouveaux enjeux issus de la crise majeure des dernières années avec une vision du développement économique plus attentive aux questions de réindustrialisation, de circuits courts, de la formation pour promouvoir une économie de la connaissance, productive et fondée sur la valorisation des capacités humaines.

Alors, est-ce que pour autant nous trouvons tout ce que nous formulerions comme vision d’un modèle alternatif de développement ? Non, bien sûr, et notre positionnement signifie d’autant moins une adhésion angélique au texte que nous n’aurions sans doute pas tout écrit de la même façon. Mais notre approbation de son économie générale se nourrit de plusieurs années d’élaboration, de construction d’avancées que nous considérons être de solides points d’appui pour les mobilisations à venir.

Alors oui, nous attendons de la séance de nouveaux enrichissements et nous serons actifs dans le débat, que ce soit sur les thèmes transversaux ou dans les entrées territoriales. Mais nous savons qu’il s’agit d’ores et déjà de se tourner vers le suites, vers la mise en œuvre effective, pour passer de l’édiction des règles et des « capacités à faire » au « faire » justement. Nous insisterons dans le débat sur le caractère déterminant de la mobilisation des investissements publics, et ce, de façon tout à fait essentielle pour le financement du Grand Paris Express. À l’heure où le gouvernement tend à s’enfermer dans la réduction des dotations publiques aux collectivités et dans l’impasse de l’austérité, il s’agit d’un point majeur.

Nous reviendrons aussi sur l’outil foncier, sur les équilibres habitat/emploi. Je voudrais simplement évoquer pour terminer mon propos deux volets parfois très sous-estimés.

Le premier concerne le dialogue avec les collectivités, avec les territoires. Aucune mise en œuvre des grands objectifs ne se fera sans les projets des territoires. Le SDRIF a vocation à leur donner de la cohérence, encore faut-il être disponible et actifs pour dialoguer, appuyer, intégrer ce qui se fait déjà, ce qui s’annonce et dont la vitalité de certains CDT a commencé à donner une idée. Cela n’est pas sans rapport avec la montée du débat sur la gouvernance et la nécessité d’une coopération renforcée entre toutes les collectivités.

Le second concerne le débat démocratique, large, avec les citoyens, leurs associations, leurs organisations syndicales, leurs réseaux… Nous n’avons jamais cessé d’y insister et nous avons été de celles et ceux qui ont d’emblée souligné les apports irremplaçables des débats publics sur les réseaux de transport. La diffusion en cours à 500 000 exemplaires du questionnaire sur l’Île-de-France de 2030 va dans le bon sens.

Il faut s’en servir pour aller plus loin, concrétiser vraiment les débats publics dans les territoires avant l’enquête publique proprement dite. Avec ce projet de SDRIF révisé et enrichi, le Région a tout à gagner pour son autorité et sa crédibilité à voir grand pour les concertations à venir.

Je vous remercie.

 

A lire aussi

Publié dans SDRIF - IDF

Commenter cet article