Pour un tout petit Paris, Mathieu Zimmer et Florian Rodriguez

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Le constat est indiscutable : tout le monde quitte l’île-de-France dès que l’occasion se présente. Alors, à quoi bon vouloir construire un Grand Paris ?

Par le collectif d’urbanistes DEUX DEGRÉS.

L’Île-de-France est la plus pourrie de toutes nos régions. 200.000 personnes la quittent chaque année, soit un taux d’émigration nette considérable. Le plus élevé du pays, devant la Champagne-Ardenne. C’est dire la gravité de la situation. À ce niveau-là, on devrait plutôt parler de fuite ou d’exode. Pourtant, en dépit du bon sens, l’État a demandé à la fine fleur des architectes-urbanistes d’imaginer un Grand Paris. Une métropole à la croissance présumée viable, capable d’attirer toujours plus d’habitants et contrainte de construire toujours plus. Sans doute leurrés par un solde naturel exceptionnel et par l’arrivée massive de 18-30 ans sur Paris, qui font passer la métropole pour attractive, ces architectes-urbanistes ont relevé le défi.

Preuve de l’ineptie ? Une fois repassé entre les mains des décideurs, il n’en est ressorti qu’un projet de super métro pour relier tout ce bouzin. Les stars de la profession ne se sont pas aventurées sur une autre voie, beaucoup plus cohérente avec la « répulsivité » de la métropole. Celle consistant à réduire la taille de notre capitale, à tendre vers un Petit Paris (mais pas celui de l’équipe MVRDV).

Paris plus petit, Paris plus vivable

Paris est répulsif. Tout le monde le sait au fond de soi. N’avez-vous jamais rencontré un Parisien évoquant, comme premier atout de Paris, le fait de pouvoir voyager à son aise ? La première des qualités de Paris, c’est donc que l’on peut s’en barrer très facilement. Ce dont ne se privent d’ailleurs pas les Parisiens, qui n’aiment rien tant que de se tirer un week-end sur deux en Normandie ou dans les Alpes.

Pour ceux condamnés à rester en Île-de-France, même le week-end, les urbanistes du Grand Paris ont proposé d’accueillir de nouveaux habitants avec qui partager leur bonheur le samedi et le dimanche. Alors que pour beaucoup de gens, vivre mieux se traduirait plutôt par  « ne pas avoir de voisins supplémentaires ». Comme si au-delà d’un certain seuil, le trop-plein devenait contre-productif, en saturant des infrastructures, en générant encore plus d’emmerdes. Évidemment, ces gens ne connaissent rien aux subtilités de l’urbanisme. Sans doute comme nous, qui voulons réduire Paris pour le rendre plus vivable. Avec un mot d’ordre : arrêtons d’investir autant de pognon pour rendre un tout petit peu plus tolérable la vie de merde de millions de Franciliens. Utilisons-le plutôt pour gérer le rapetissement.

Pauvres périparisiens, pauvres jeunes

Les futures victimes du Grand Paris qui nous font le plus de peine sont ceux que l’on pourrait qualifier de « Périparisiens », ceux qui ne vivent guère qu’en banlieue et ne fréquentent jamais le Paris des cartes postales. En témoigne le film Tout ce  qui brille, au synopsis effarant, qui décrit la ville de Puteaux comme une banlieue « populaire », où l’on a honte d’habiter et où l’on a la malchance de vivre « à 10 minutes  de tout ». Bien que douteux, le scénario nous semble la parfaite démonstration que l’agglomération parisienne est une plaie pour l’immense majorité de ses habitants. D’où la question devenue notre leitmotiv : à quoi bon condamner à la vie parisienne encore plus de gens ?

Une frange précise de la population symbolise l’absurdité de la situation : celle des jeunes de province, qui sont les premiers à migrer vers l’Île-de-France. Dans certains secteurs d’activité, c’est un passage obligé qui vous condamne à Paris pour 5 à 10 ans. Au nom d’un moyen détourné : « l’expérience professionnelle », on a trouvé la manière de désarmer cette classe d’âge indomptée en la condamnant le plus largement possible à la région parisienne. Certes, les salaires sont théoriquement plus élevés à Paris, mais au regard du coût de la vie, de la nécessité de se divertir pour tenir le coup, des fréquents retours dans la région d’origine pour décompresser, difficile d’envisager une épargne bien consistante. Les 18-30 ans sont, avec les « Périparisiens », les martyrs du Grand Paris.

La méthode Coué

Malgré l’évidence, le Parisien est têtu. N’avez-vous pas remarqué que, pour vous (se) convaincre qu’il a fait le bon choix, il vous (se) rappellera toujours la supériorité de sa vie culturelle ? Incontestablement, peu de villes peuvent rivaliser avec Paris au niveau des musées. Pour autant, la prochaine fois qu’un Parisien vous fait cette remarque, demandez-lui quelle est la dernière exposition qu’il est allé admirer… C’est une manifestation de leur détresse : les Parisiens profitent généralement peu des atouts de leur ville, qu’ils vous balancent pourtant à la gueule.

Bien sûr, on ne peut faire mieux que le combo Comédie française – théâtres de boulevard. Mais quiconque a écumé les « cafés du théâtre » des villes moyennes sait que même Troyes et Cholet ont vu défiler des chanteurs, comiques et comédiens en tout genres (reportez-vous à leurs murs d’autographes). L’offre existe. Il ne s’agit simplement pas du même mode de consommation. Dans ces villes, il faut scruter les programmes à l’avance. L’improvisation du vendredi ou samedi soir est réservée aux Parisiens, qui, à force de possibilités, finissent souvent par remettre à plus tard et ne rien faire. Idem pour les concerts, qu’ils vont le plus fréquemment voir quand un de leurs potes de province prend son billet, monte à Paris et squatte leur canapé.

Le déséquilibre sensuel de la France

Un dernier argument en faveur de la réduction de la capitale nous tient à cœur. Le Parisien bénéficie d’une densité hallucinante de filles (la remarque vaut tout autant pour la Parisienne). En laissant simplement voguer son regard, il (elle) peut très innocemment satisfaire ses besoins esthétiques élémentaires. De quoi rendre son quotidien plus beau et compenser un peu le marasme de son mode de vie. Pourtant, toutes ces jeunes hommes (filles) dans la fleur de l’âge sont rarement des Parisien(ne)s d’origine. Un trop grand nombre d’entre eux(elles) sont arraché(e)s à leurs régions natales, alors privées d’une précieuse ressource.

Le pire, le plus insupportable pour ces millions de provinciaux contrariés jusque dans l’expression de leur virilité (ou de leur féminité), c’est que Paris ne valorise même pas cette ressource, tant la capitale est convaincue qu’elle est inépuisable. Paris se paie le luxe d’isoler de joli(e)s filles (garçons) dans des banlieues inaccessibles, des chambres de bonne ou d’étudiant exigües et impropres à leur épanouissement corporel, loin des lieux que leur présence agrémenterait. Paris se permet d’accumuler les belles demoiselles (damoiseaux) dans des espaces publics où leur nombre et leur concentration deviennent superflus. Ces gaspillages sont autant de provocations vis-à-vis de la province. Comment expliquer à un(e) gamin(e) de 20 ans d’une ville moyenne, qui a connu une surdensité de bonasses (beaux gosses) durant le lycée, qu’une bonne partie s’en va après le bac, vers Paris ou une grande ville universitaire ? Comment accepter le silence coupable d’un père devant son fils qui ramène une fille pas terrible à la maison, faute de mieux ?

Au final, Paris est une métropole dont la concentration et le mal-être sont dommageables pour tous les Français, au point de créer une hostilité latente qui menace jusqu’à l’union nationale et la fraternité de notre devise républicaine. Le Grand Paris est décidément une ineptie. Au lieu de tenter de soigner quelques symptômes du problème parisien, il est grand temps de le traiter en profondeur et d’imaginer le Petit Paris.

Mathieu Zimmer et Florian Rodriguez, membres du collectif d’urbaniste Deux degrés

Publié dans Métropoles - Villes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article