Philippe Subra évoque les enjeux du Grand Paris à l’occasion de la sortie de son ouvrage Le Grand Paris. Géopolitique d’une ville mondiale

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Dans cet entretien, réalisé par Damien Augias, Philippe Subra évoque les enjeux du Grand Paris à l’occasion de la sortie de son ouvrage Le Grand Paris. Géopolitique d’une ville mondiale (Armand Colin, octobre 2012). Urbaniste de formation, professeur à l’Institut français de géopolitique (Université Paris 8 – Saint-Denis), membre du comité de rédaction de la revue Hérodote , il s’intéresse dans ses recherches aux grandes questions de la « région capitale » (gouvernance, transports, aménagement et développement local) et analyse ses perspectives nouvelles, issues en particulier de l’alternance politique au niveau national.

En effet, François Hollande, reçu par Bertrand Delanoë à l’Hôtel de Ville de Paris le 15 mai dernier, avait déclaré : “Je prends un engagement, celui de créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une métropole parisienne capable d’affronter, à l’échelle pertinente, tous les défis qui se présentent à elle”. Trois ans après le discours de Nicolas Sarkozy, le 29 avril 2009, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, son successeur à l’Elysée affirmait vouloir s’attaquer au « serpent de mer » du Grand Paris.
Désormais, la ministre de l’égalité des territoires et du logement, Cécile Duflot, est chargée de réaliser ce projet qui avait donné lieu à la loi du 3 juin 2010 et à un accord entre l’Etat et la région Ile-de-France pour la mise en œuvre d’un plan de transports. Celui-ci prévoyait un métro circulaire (le Grand Paris Express) de 144 km autour de Paris, par l’intermédiaire de la Société du Grand Paris (aux mains de l’Etat), et des travaux débutant fin 2013. Parallèlement, un syndicat mixte regroupant 203 collectivités franciliennes , Paris Métropole, à l’initiative notamment de Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, s’est constitué et il a principalement joué jusqu’à présent le rôle d’un forum de discussion et de rencontre entre élus. Les perspectives nouvelles pour le Grand Paris semblent aujourd’hui incertaines car jusqu’ici, les écologistes se sont démarqués des positions du PS, principalement en matière de transports mais aussi au sujet de l’aménagement métropolitain.

Nonfiction.fr – Après l’alternance, dans un climat de restrictions budgétaires importantes, où le projet de « Grand Paris » en est-il aujourd’hui, tant du point de vue institutionnel qu’opérationnel ?

Philippe Subra - Ce sont deux questions assez différentes. Du point de vue du projet de transports, il est évident que le contexte général de crise des finances publiques aura un impact, qui peut être diminué par le recours à d’autres sources de financements (Banque européenne d’investissement notamment). Néanmoins, on commence à parler de délais supplémentaires pour réaliser le nouveau métro, le Grand Paris Express, et éventuellement de la mise à plat de certains des éléments qui le composent. Aujourd’hui, personne ne parle d’abandon, la pression des élus locaux est très forte et le scénario le plus vraisemblable est que cela prenne plus de temps que prévu initialement et qu’il faille donc décider ce que l’on réalise en priorité.

Sur la question de la gouvernance, ce n’est pas tellement l’aspect financier qui va peser. Le gouvernement, en l’occurrence Marylise Lebranchu, qui est ministre de la décentralisation, est en train de travailler à des modifications de la réforme territoriale du gouvernement précédent. On sait que cela va notamment se traduire par la suppression du conseiller territorial [élu siégeant à la fois au Conseil général et au Conseil régional], qui n’aura donc pas vu le jour. Il y aura aussi probablement un volet sur le Grand Paris sur l’aspect de la gouvernance institutionnelle, bien qu’on sache aujourd’hui extrêmement peu de choses sur les réflexions de la ministre par rapport à ce sujet.

Du côté des élus locaux, Paris Métropole a publié un « Livre Vert » il y a quelques mois, qui est une sorte de mise à plat des accords entre élus sur les grandes priorités du projet (ce que certains appellent le « socle commun »). Ce syndicat mixte a lancé une grande opération de débats publics, avec une trentaine de réunions dans toute l’agglomération pour dialoguer avec la population et les acteurs de la société civile. Il ressort de cela trois scénarios possibles qui sont par ordre d’intégration croissante : 1- « la métropole concertée », fondée sur une coopération légère entre les collectivités existantes ; 2- « la métropole confédérée », avec des pôles métropolitains ; 3- « la métropole intégrée », qui s’apparente à la solution envisagée par Jean-Marc Ayrault pour Marseille (une seule Communauté urbaine, avec des pouvoirs renforcés par rapport à une intercommunalité traditionnelle). On ne sait pas ce que l’Etat va proposer, les élus sont partagés, avec sans doute une majorité favorable à la solution intermédiaire.

Vous aviez écrit il y a trois ans un ouvrage déjà consacré à la question du Grand Paris . Depuis lors, beaucoup de choses semblent avoir changé. Que va devenir Paris Métropole ?

Cela dépend justement des décisions qui seront adoptées en termes de gouvernance. Paris Métropole, c’est un forum de discussion, ce n’est pas un lieu de décision et d’arbitrage. Si c’est une communauté urbaine renforcée (une métropole) qui voit le jour, Paris Métropole n’aura plus guère de sens. Si on n’en reste à une version de coopération légère, Paris Métropole pourra très bien être le lieu de cette élaboration, éventuellement en modifiant les statuts. Pour le moment, le principal acquis de Paris Métropole, qui n’est pas négligeable, est que les élus franciliens ont appris à se connaître et à travailler ensemble autour d’une vision plus ou moins partagée.

De manière anecdotique mais non sans intérêt, le maire de Neuilly-sur-Seine n’avait évidemment jamais mis les pieds à Clichy-sous-Bois, il y a récemment rencontré son homologue et ils ont discuté entre collègues de leurs problèmes respectifs, qui ne sont bien entendu pas les mêmes. Les élus ont commencé à prendre en compte les priorités des uns et des autres et à penser un destin commun. C’est à la fois peu de choses si on compare cette situation avec ce qu’il se passe dans les Communautés urbaines depuis des décennies en province mais, comme on est dans un territoire qui est très complexe, avec de forts enjeux de géopolitique et de pouvoir, c’est une première étape qui était absolument nécessaire.

En quoi l’appartenance à Europe Ecologie Les Verts de la ministre de l’égalité des territoires et du logement, Cécile Duflot (en charge du projet de Grand Paris, d’après les décrets d’attribution), change-t-elle la donne ? Les socialistes et les écologistes sont-ils fondamentalement sur la même ligne concernant l’aménagement du territoire en général et celui de la région capitale en particulier ?

Il suffit d’aller du côté de Nantes pour avoir la réponse [forte opposition des écologistes à l’implantation de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes]… Ils ont des désaccords qui sont importants. D’ailleurs, Cécile Duflot et le groupe des Verts au Conseil régional d’Ile-de-France étaient en pointe contre le projet de Grand Paris de Christian Blanc, ancien secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale.

Cela dit, je ne suis pas sûr que cela ait beaucoup d’importance aujourd’hui. Ce n’est pas Cécile Duflot qui a en charge le volet gouvernance, elle a dans son portefeuille ministériel le projet qui concerne principalement les transports en commun, ce qui est tout de même largement acceptable par des écologistes. C’est par ailleurs un projet de développement urbain autour des futures gares de ce réseau de transports en commun, dans un esprit de densification de l’agglomération (réclamée par ailleurs par les écologistes), et qui est soutenu fortement par les élus locaux. Sur d’autres dossiers, la discipline budgétaire européenne en particulier, on a vu par ailleurs que les ministres écologistes, plutôt que de se mettre en porte-à-faux par rapport au gouvernement, préféraient s’abstenir de toute déclaration.

Les divergences entre écologistes et socialistes sur le Grand Paris peuvent donc avoir des effets à la marge mais n’auront pas pour conséquence de remettre en cause fondamentalement les projets.

 

http://associationgrandparis.fr/2012/10/31/quel-avenir-pour-le-grand-paris-entretien-avec-philippe-subra/

Publié dans Grand Paris

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