Le super métro du Grand Paris veut séduire les fonds souverains des pays du Golfe

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

02/04 | 07:00 | Dominique Malecot

Le super métro du Grand Paris veut séduire les fonds souverains des pays du Golfe

Les grandes familles et les Etats du Golfe recherchent des actifs qui les mettent à l'abri des crises financières. Le gouvernement français serait prêt à leur faciliter la tâche en suscitant la création de plusieurs véhicules, dont un fonds islamique.

Un monde d\'investisseurs, où la discrétion va de pair avec la confiance, très attentif aux projets du Grand Paris. - Dominique Malécot
Un monde d'investisseurs, où la discrétion va de pair avec la confiance, très attentif aux projets du Grand Paris. - Dominique Malécot

Les fonds arabes ont tiré les leçons de la crise financière qui a éprouvé plusieurs d'entre eux. Ils s'intéressent plus que jamais aux actifs bien réels comme en témoigne l'entrée du fonds souverain du Qatar dans Lagardère, Vivendi, Total ou encore LVMH. La mission que vient d'effectuer une délégation restreinte de l'association Paris Ile de France Capitale économique (PIDFCE), qui réunit une centaine de grosses entreprises impliquées dans l'attractivité économique de la région parisienne, l'a confirmé.

Que ce soit en Arabie Saoudite, au Koweit, à Abu Dhabi ou encore à Dubaï, le discours est le même : « Nous devons d'abord penser à développer notre pays et ceux qui sont proches de nous, mais nous recherchons aussi, parallèlement, à réaliser des investissements de long terme dans des actifs tangibles ». Outre un meilleur équilibre de leurs avoirs, ces financiers cherchent à préserver coûte que coûte leurs fonds pour les générations futures. « Je suis prêt à ne rien toucher pendant cinq ans s'il le faut » , plaisante - à peine -l'un d'eux.

L'Etat garant

Dans ce monde où la discrétion va de pair avec la confiance, le représentant d'un fonds souverain le reconnaît : « Nous avons de l'appétit pour les grandes et belles choses rentables. Nous avons d'ailleurs des positions passives et minoritaires dans des projets d'infrastructures de très grande taille ». Une position minoritaire qui peut représenter jusqu'à 30 % d'un grand aéroport européen de la taille d'Orly.

Sur ce marché, avec ses 200 kilomètres d'infrastructures à construire d'ici 2025, le réseau de métro Grand Paris Express fait figure de mètre étalon. Le financement de la bonne vingtaine de milliards d'euros de travaux à réaliser par la Société du Grand Paris est d'autant plus attractif que l'Etat va doter cet établissement public de 4 milliards d'euros et qu'il garantira les emprunts nécessaires pour boucler le budget. S'y ajouteront une dizaine de milliards d'euros pour moderniser le réseau existant et de l'ordre de 6 milliards d'euros d'investissements privés complémentaires, notamment dans les sept pôles de développement de la région parisienne qui vont être mis en réseau par le futur métro. « Sous l'égide de Christine Lagarde, la place de Paris a adopté un certain nombre de mesures afin que les fonds islamiques ne soient pas défavorisés. Certains investisseurs arabes y ont vu une marque de considération mais pour d'autres, notamment en Arabie saoudite et au Koweit, c'était une condition sine qua non pour investir en France », explique Gilles Saint Marc, avocat au cabinet Gide Loyette. Il s'agit par exemple d'éviter les doubles impositions qu'impliquent, dans le financement des projets, les montages financiers complexes permettant de respecter l'interdiction de l'usure par la loi islamique. « L'Etat y trouve son intérêt. Liés à des infrastructures, ces investissements porteurs de développement économique sont par nature non délocalisables » , rappelle Philippe Pronost, directeur général délégué de CDC international. La Caisse envisage d'ailleurs de mettre en place plusieurs outils comme un club des investisseurs de long terme réservé à un nombre très limité d'investisseurs capables de prendre un « ticket » très élevé. Elle poursuit aussi son projet de fonds dédié aux infrastructures.

Parallèlement, la France pourrait créer un fonds islamique à même de contribuer au financement du Grand Paris. « Nous sommes là dans le monde de l'économie réelle et non financière qui intéresse les investisseurs islamiques. Or leur présence est aussi susceptible de favoriser l'entrée de fonds souverains de la région, explique Pierre Simon, président de PIDFCE, mais cela ne peut marcher que s'il y a de la demande ». Réponse d'ici la fin de l'année.

Publié dans Grand Paris

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