Le préfet Daniel Canepa juge que le Grand Paris mérite mieux qu'une analyse comptable

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Remercié mercredi par le gouvernement, le préfet d'Ile-de-France quitte son poste dans quelques jours. Il s'est exprimé ce jeudi sur les dossiers qu'il laisse à son successeur, notamment la gouvernance de la région parisienne et le sort du futur métro de rocade Grand Paris Express.

Daniel Canepa - AFP
Daniel Canepa - AFP

Jean Daubigny, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, devrait prendre ses fonctions de préfet de Paris et de l'Ile-de-France, en remplacement de Daniel Canepa, dans les tous premiers jours de janvier.

Agé de 64 ans, ce haut fonctionnaire, conseiller maître à la Cour des comptes, a été notamment préfet en Champagne-Ardenne, Midi-Pyrénées, Bretagne et Pays de la Loire. « Il aura notamment en charge la réforme du Grand Paris », a indiqué mercredi le ministère de l'Intérieur. Il devrait être « prolongé » au-delà de l'âge de la retraite.

« Il n'y a plus de off », a déclaré ce jeudi en début d'après-midi Daniel Canepa, qui avait maintenu un point de presse prévu bien avant mardi soir où il a été averti par un coup de téléphone de Manuel Valls que son successeur serait nommé en Conseil des ministres dès le lendemain matin.

Officiellement pas de d'explication sur ce qui motive ce départ brutal. « Je suis le premier préfet d'Ile-de-France sorti sans qu'un poste lui soit présenté », a lâché Daniel Canepa en rappelant que ses précédents fonctions au ministère de l'Intérieur lui avaient collé une étiquette de « Sarkozyste ». « En 35 ans de carrière, je n'avais jamais été remercié jusqu'à hier. J'ai eu toutes les étiquettes, de celles du Parti républicain à celle de socialiste en passant par le RPR », a-t-il expliqué en suggérant que tenait beaucoup aux gouvernements qui l'ont nommé aux différents postes qu'il a occupés. « Les gens ne peuvent pas comprendre qu'on puisse être convaincu de servir quelqu'un pour l'intérêt général et non pas par intérêt partisan », a-t-il regretté.

Un pouvoir central fort en Ile-de-France

A l'heure des bilans, Daniel Canepa, s'attache à montrer, ce qu'un haut fonctionnaire peut faire. « Alors que le précédent gouvernement disait qu'il fallait tout vendre, moi j'ai acheté [le siège actuel de la préfecture d'Ile-de-France où sont regroupés une grande partie des services]. Derrière cela nous avons réorganisé l'ensemble de l'administration territoriale de l'Ile-de-France. Notre démarche originale a montré qu'il est possible que ce soit le territoire qui dicte l'organisation de l'administration et non l'inverse. [...] Nous avons montré qu'on peut être plus opérant à moindre coût et cela très rapidement », dit encore Daniel Canepa à l'adresse des ses pairs engagés dans la réforme territoriale

Pour l'Ile-de-France, il se dit persuadé de la nécessité d'un gouvernement métropolitain tout en préservant « l'échelon communal auquel tout le monde est attaché ». Pour cet ancien acteur du comité Balladur qui s'était penché sur la question il y a quelques années, ce gouvernement métropolitain de la région parisienne devrait avoir un vrai pouvoir central avec la possibilité de déconcentrer sa gestion. Parce qu'il représente l'intérêt national, ce pouvoir central est du ressort du législateur, explique encore Daniel Canepa, visiblement sceptique sur l'efficacité d'une « conférence » centralisant des pouvoirs locaux.

Fausse route sur le Grand Paris

Sur le Grand Paris, Daniel Canepa s'attache aussi à rappeler qu'il s'est « battu contre des secrétaires d'Etat et d'autres pour le faire vivre, en faire quelque chose de pratique » . Il a d'ailleurs expliqué ce jeudi matin à la ministre en charge du projet, Cécile Duflot, qu'il devait « se fonder sur une croissance au service de l'emploi. Ce n'est pas en contradiction avec les orientations du gouvernement d'hier ni celles de celui d'aujourd'hui », a-t-il plaidé.

Pour lui, « ce n'est pas en se retranchant derrière un équilibre comptable qu'on va trouver les croissance et les emplois de demain », il faut avoir le courage d'arbitrer « entre les dépenses productives et celles qui ne le sont pas ». D'autant que la France est en concurrence avec des pays pour lesquels c'est la priorité. Dans ces conditions, « bien sûr qu'il faut desservir Roissy et Orly », martèle-t-il en commentant, sans jamais prononcer son nom, le rapport Auzannet qui doit éclairer les choix du gouvernement sur le futur métro de rocade Grand Paris Express. « Un rapport du passé, une analyse comptable, tempête-t-il, ce n'est pas comme cela qu'il faut raisonner, on doit se dire on en a besoin et on étudie l'ingénierie financière nécessaire pour le réaliser ».

Publié dans Grand Paris

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