La territorialité : un vecteur important dans la réussite de projets mettant en place des synergies industrielles

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Préambule

« L’humanité se trouve à un moment crucial de son histoire. Nous assistons actuellement à la perpétuation des disparités entre les nations et à l’intérieur des nations, à une aggravation de la pauvreté, de la faim, de l’état de santé et de l’analphabétisme, et à la détérioration continue des écosystèmes dont nous sommes tributaires pour notre bien-être. Mais si nous intégrons les questions d’environnement et de développement et si nous accordons une plus grande attention à ces questions, nous pourrons satisfaire les besoins fondamentaux, améliorer le niveau de vie pour tous, mieux protéger et mieux gérer les écosystèmes et assurer un avenir plus sûr et plus prospère. Aucun pays ne saurait réaliser tout cela à lui seul, mais la tâche est possible si nous œuvrons tous ensemble dans le cadre d’un partenariat mondial pour le développement durable. »

Rapport de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement – Rio 1992.

Cette déclaration faite il y a vingt ans est encore et plus que jamais d’actualité.

Les atteintes portées à l’environnement telles que les émissions de gaz à effet de serre (GES), l’accumulation et la dissémination de déchets, ou encore les atteintes à la biodiversité n’ont cessé de se multiplier. S’ajoute à cela la raréfaction des ressources naturelles, due à une surexploitation de celles-ci. Mais un facteur humain entre également en jeu : il y a tout juste un an, la population mondiale totale atteignait le nombre record de sept milliards d’individus, nombre qui devrait atteindre neuf milliards en 2050. La question soulevée ici est de savoir comment résoudre une telle équation : moins de ressources pour toujours plus de monde, dans un environnement en péril. Car lorsque l’on parle de ressources naturelles, il n’est pas seulement question des matières premières utilisées pour subvenir aux besoins de notre société d’hyper-consommation : il est avant tout question des ressources qui nous sont vitales, sans lesquelles la survie même de l’humanité est en péril, en particulier l’eau et les matières premières agricoles. En ce qui concerne les matières premières que l’on peut qualifier « d’industrielles » (en ce qu’elles sont les ressources nécessaires au fonctionnement de l’industrie), leur disponibilité et leur abondance ou leur rareté ont un impact direct sur tout le système économique qui régit notre société. Disposer de ces ressources est gage de puissance et de pérennité (alors qu’il ne s’agit en fait que de survie à moyen terme si l’on se place dans le cadre actuel), et est l’objet de convoitises et de tensions. Mais il est désormais établit que ce qui était disponible en abondance hier ne le sera plus demain, preuve en est la frontière franchie de plus en plus tôt chaque année : celle du jour du dépassement du quota de ressources naturelles disponibles pour une année, le « Global Overshoot Day ». En 2012, ce quota a été dépassé le 22 août. Cela signifie que nous avons déjà utilisé toutes les ressources naturelles que la Terre est capable de produire chaque année. Désormais et pour encore un peu plus de 4 mois, nous entamons les réserves qui nous manqueront sans doute dans quelques années : la planète nous fait actuellement crédit !

« Il y a eu beaucoup de guerres et de conflits liés à l’accaparement des ressources naturelles en période d’abondance, qu’en sera-t-il en période de rareté ? »[1]

Ces mots prononcés par Nicolas Hulot sont lourds de sens : continuer selon le mode de développement actuel ne laisse guère de doutes quant à l’issue des événements, avec la certitude de la survenance de bouleversements géopolitiques dans un avenir très proche. En effet, les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), connaissent une croissance accélérée depuis plus d’une dizaine d’années, ce qui induit une exploitation exponentielle des ressources naturelles, et de toutes les conséquences sur l’environnement que cela engendre.

Ces pays, ainsi que les pays en voie de développement, semblent suivre la même logique de développement que celle qu’ont suivi les pays du nord. Mais ces derniers ont une double responsabilité historique : ces nations qui se sont développées principalement grâce à l’exploitation des ressources du sud, ont été à l’origine de la quasi-totalité des émissions de GES, de la révolution industrielle jusqu’à la fin des années 90, ainsi que des atteintes portées à l’environnement, sans évoquer plus en détail leur rôle économique, notamment en ce qui concerne l’iniquité dans la distribution des richesses.

Nous avons aujourd’hui les connaissances et les moyens de mettre en place des modèles plus vertueux et durables que celui dans lequel nous évoluons actuellement : les pays riches devraient avoir conscience qu’ils ont le devoir de « montrer l’exemple » et qu’ils ont la responsabilité d’insuffler une nouvelle dynamique, basée sur une consommation moindre des ressources naturelles et une optimisation des flux de matière et d’énergie. Mais selon quels modèles ?

La nature apparaît comme vertueuse : les équilibres, sans l’intervention de l’homme, s’autorégulent, et il n’y a qu’à observer pour se rendre compte que tant que ces équilibres sont préservés, une économie prospère et durable peut exister. Ou alors, vaudrait-il mieux prendre la question dans l’autre sens : peut-il y avoir prospérité lorsque les équilibres naturels sont brisés, du fait de l’action de l’homme ? À l’observation de deux exemples (lesquels il n’est pas utile de développer) que sont la situation en Mer d’Aral ou celle du Lac Victoria, l’on peut répondre sans trop se tromper que la réponse est non : la destruction de ces écosystèmes a conduit à la diminution où à la disparition de l’activité économique des populations locales, impactant directement leurs conditions de vie.

Ainsi, les activités humaines ne pourraient-elles pas suivre un fonctionnement vertueux, à l’image de celui de la nature, d’où le choix du thème de ce mémoire de recherche :

Une écologie industrielle est-elle possible ?

Malgré le nombre et l’étendue des champs couverts par la notion désormais établie d’écologie industrielle, ce thème présente de nombreux aspects suscitant de l’intérêt et de la curiosité : Que recouvre cette appellation ? A-t-elle une connotation politique ou scientifique ? En quoi peut-on lui appliquer les principes du management ? Doit-on préférer la définition « grand public », c’est-à-dire politique de l’écologie ou bien privilégier sa signification scientifique ? Qu’entend-on par « industriel » ? Ces deux termes, pouvant sembler antagonistes, ont-ils aujourd’hui une signification différente en étant associés ? Toutes ces questions m’ont permis de me rendre compte que ce sujet de recherche possède un très vaste champ d’expertises, et qu’il peut être à l’origine de la résolution d’un défi actuel majeur : comment préserver notre environnement tout en conservant notre niveau de vie actuel, et en faisant de cette sauvegarde un atout économique ?

Avant toute tentative de recherche de problématique, il m’a semblé judicieux de définir ce que les termes « écologie » et « industrie » (« regroupe les activités économiques qui combinent des facteurs de production comme les installations, les approvisionnements, le travail et le savoir, pour produire des biens matériels destinés au marché » source : INSEE), peuvent signifier employés conjointement : il apparait que cette association, selon diverses sources, désigne une pratique de management environnemental, qui conceptualise le système industriel en écosystème à part entière et tend à répondre aux besoins des entreprises qui cherchent à réduire leur influence sur leur environnement. Cette notion d’écologie industrielle vise en fait à une optimisation des performances environnementales, que ce soit au niveau d’un petit groupe d’entreprises, ou d’un système industriel considéré dans son intégralité, ce en favorisant une transition vers un système viable et durable, inspiré directement par le fonctionnement cyclique des écosystèmes naturels.

Il semble aujourd’hui que cela se présente sous la forme d’un regroupement de principes et de pratiques, tels que la valorisation des déchets, la réalisation de « boucles de matière première et d’énergie », la dématérialisation des activités économiques ou encore la « décarbonisation » de l’énergie, tout cela en combinant des approches sectorielles et transversales dans des processus intégrateurs et mobilisant de nombreuses disciplines.

Faut-il encore comprendre le terme de « management environnemental »… Ce terme désigne « les méthodes de gestion d’une entité (entreprise, service…) visant à prendre en compte l’impact environnemental de ses activités, à évaluer cet impact et à le réduire ». Le système de management environnemental se défini comme « composante du système de management global qui inclut la structure organisationnelle, les activités de planification, les responsabilités, les pratiques, les procédures, les procédés et les ressources pour établir, mettre en œuvre, réaliser, passer en revue et maintenir la politique environnementale »[2].

Une première approche nous oriente vers la question de savoir si la mise en place d’une écologie industrielle est applicable à tous les types d’activités industrielles ? La consultation d’écrits permet de s’en faire une idée. Mais ces interrogations sont stériles si l’on considère chaque variable indépendamment. En effet, il ne faut pas oublier le caractère « systémique » d’un écosystème naturel : tous les éléments y sont en interactions réciproques permanentes et en perpétuel mouvement. C’est à ce stade de la réflexion que la notion précédemment définie de « management environnemental » prend tout son sens : c’est elle qui va permettre de concevoir comme système complexe l’interaction entre les activités d’une entreprise avec son environnement, ses partenaires, ses parties prenantes et ses « voisins ». Ce dernier terme qui semble être maladroitement choisi, a pour but d’introduire la notion « d’espace » en faisant allusion à la proximité : une entreprise ou une activité donnée peut être caractérisée par son activité et par les différents liens et interactions qu’elle peut avoir avec les différentes entités qui lui sont liées, mais elle est avant tout située, implantée sur un territoire. Nous verrons que cette notion peut être vue sous différents aspects, mais qu’elle est capitale dans la définition d’un écosystème, car il existe dans la nature différentes strates (ou niveaux) d’écosystèmes : la diversité des espèces et les équilibres ne seront pas les mêmes autour d’un petit point d’eau dans un oasis en plein milieu du Sahara que ceux en présence d’un grand lac en Sibérie. Par transposition, les activités et les échanges des entreprises sont susceptibles de varier en fonction de leur situation géographique et de leur rayon d’action.

Cette approche du sujet vise à tenter de répondre à la problématique suivante :

Quel est l’impact de la notion de « territorialité » dans la mise en place de synergies industrielles, d’un point de vue théorique et opérationnel ?

Texte intégral disponible prochainement


 

 

http://francoislemener.wordpress.com/2012/11/08/memoire-de-recherche-la-territorialite-un-vecteur-important-dans-la-reussite-de-projets-mettant-en-place-des-synergies-industrielles/

 

[1] Nicolas Hulot, Forum Convergences 2015 : Comment concilier développement économique et gestion durable des ressources naturelles ?, 3 octobre 2012, Paris.

[2] §2.1. de la norme ISO 14050 qui définit le SME

Publié dans Métropoles - Villes

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