« La région capitale n’est pas une danseuse étoile », Guillaume Balas (PS)

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Liberation 22/02/13

 

Par GUILLAUME BALAS Président du groupe socialiste à la région Île-de-France
Dans sa tribune parue dans le Libération du 6 février, Romain Blachier donnait à voir la naissance de l’eurométropole du Grand Lyon comme une revanche prise sur Paris et son autoritarisme centralisateur hérité du passé. Mieux, les difficultés de financement du Grand Paris Express et la difficile gestation de la gouvernance de la région capitale seraient, aux dires de l’élu lyonnais, les contreparties de l’époque durant laquelle intérêt général rimait invariablement avec intérêt de la capitale. Cet argumentaire n’est pas seulement maladroit, il est aujourd’hui démenti par les faits.

 

Cela fait déjà bien longtemps que les intérêts de l’Île-de-France ne sont plus exclusivement ceux de ses seuls habitants, mais bien ceux de tous les Français. A la faveur du développement des infrastructures de communication et de transports, la région francilienne est devenue un bassin d’emplois, une zone d’attraction économique et touristique pour des millions de Français qui n’y habitent pas.

 

En outre si l’ensemble des contribuables participe sans nécessairement le savoir au financement du Grand Paris Express, l’Île-de-France fait bénéficier les autres Régions de sa richesse à travers plusieurs mécanismes de péréquation. En voyant la moitié de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprise (CVAE) perçue sur son territoire redistribuée par l’Etat aux autres régions françaises, la région francilienne participe activement à la solidarité territoriale. A cette péréquation dite verticale s’ajoute l’organisation nouvelle d’une solidarité entre régions à travers la création un fonds de 26 millions d’euros auquel l’Île-de-France abonde à hauteur de 65%. L’égoïsme francilien n’est donc plus si évident pour qui connaît la réalité des chiffres.

 

Paris ne prétend pas à un traitement de faveur et à des égards par principe, en vertu de la tradition centralisatrice de notre pays. Par contre, force est de constater que les réalités démographiques et économiques de la région Île-de-France biaisent toute tentative de comparaison avec l’eurométropole lyonnaise et les autres grandes villes françaises. Près de 12 millions d’habitants, un quart des naissances recensées chaque année en France métropolitaine et un excédent naturel de plus de 110 000 personnes (2010) dont une partie importante d’étrangers primo arrivants : cette combinaison de dynamisme démographique et de diversité est une source de richesse unique dans notre pays. Unique par sa démographie et sa diversité, l’Île-de-France l’est aussi par son poids économique. En 2010, le produit intérieur brut (PIB) de l’Ile-de-France représentait 30% du PIB métropolitain. Revers de la médaille, la région capitale se caractérise également par de profondes disparités sociales et géographiques qui nécessitent une vigilance particulière des pouvoirs publics dans l’aménagement équilibré de l’ensemble de ses territoires.

Conscient de ces spécificités rendant délicate toute comparaison entre Paris et Lyon,

 

Romain Blachier s’est pourtant plu à dépeindre la région capitale émergente comme une sorte de « Black Swan » de l’eurométropole lyonnaise, un double en négatif, tiraillé par les doutes et les névroses, à l’instar de l’héroïne du film de Darren Aronofsky. Ce qui est regrettable, c’est que derrière ce scénario phantasmatique, se cachent deux idées reçues absurdes.

 

La première consisterait à croire que l’émergence de l’eurométropole lyonnaise se serait faite dans la douceur et le consensus incarné par l’union sacrée de Gérard Collomb et de Michel Mercier. Il n’en est rien. Grandes sont les divergences locales sur la question du périmètre, des compétences et de la gouvernance de cette nouvelle entité et de ses relations avec les échelons territoriaux existants.

 

La seconde repose sur le mythe d’un reliquat de tradition centralisatrice qui jouerait en faveur de l’émergence d’une organisation de la région capitale. Rien n’est moins vrai. Le projet du Grand Paris porté en leur temps par Nicolas Sarkozy et Christian Blanc n’était rien d’autre qu’une tentative de reprise en main de l’aménagement de l’Île-de-France par une droite centralisatrice désireuse de palier son impuissance au sein des différentes collectivités territoriales franciliennes. Encombrant héritage légué par cette droite désavouée depuis, les 10 milliards manquants pour financer le Grand Paris Express continuent d’ailleurs de peser sur la définition de l’Île-de-France de demain.

 

L’organisation de la région capitale sera bien le produit d’un dialogue respectueux entre les collectivités franciliennes et l’Etat. Que Romain Blachier soit donc rassuré. A l’instar du film d’Aronofsky, où le spectateur s’aperçoit progressivement que le double maudit de l’héroïne n’est qu’une projection fantasmée inventée par la jeune femme pour surmonter sa peur de ne pas être à la hauteur, la réalité montre en ce moment même que la région capitale torturée dépeinte par l’élu lyonnais n’existe pas.

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