Jean-Paul Huchon (Tribune) / « Le Grand Paris Express n’est pas un luxe, c’est un investissement prioritaire »

Publié le par Observatoire Rémois du Bassin Parisien

Le Monde.fr | 14.12.2012

 
Par Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France

 

Le Grand Paris Express (GPE) est l’un des projets de transports les plus ambitieux que l’Ile-de-France ait connu. Avec 72 gares et 205 km de lignes, il doit changer le quotidien de ceux qui se déplacent de banlieue à banlieue – c’est-à-dire la majorité des Franciliens. Mais pour qu’il soit pleinement opérationnel, il faudra investir près de 30 milliards d’euros.
 

Avec la crise, quand l’argent public se fait rare, certains se disent bien sûr qu’une dépense d’une telle ampleur est peut-être superflue et qu’elle pourrait être remise à plus tard. Ils ont tort.

Le Grand Paris Express, ce n’est ni un luxe, ni une utopie, c’est un investissement prioritaire : ceux qui empruntent chaque jour les transports en commun de la région capitale le savent bien.

 

Aujourd’hui, le réseau francilien accueille 8 millions de voyages par jour, c’est-à-dire 65 % des déplacements en France. En dix ans, sa fréquentation a augmenté de 21 %.

 

Victime de son succès, il fonctionne à flux tendu. Un problème dans une station de RER, et c’est toute la ligne qui en souffre. Un retard de train, et c’est plus de stress pour aller au travail, plus de fatigue pour rentrer chez soi, des difficultés supplémentaires pour sortir ou faire ses courses. Cette réalité-là, je la connais et je la vois tous les jours.

 

Elle est le résultat de trente ans de sous-investissement chronique dans les transports en Ile-de-France. On a longtemps préféré faire des TGV plutôt que des trains de banlieue. Elle est le résultat d’une politique d’urbanisme de 40 ans, qui a renvoyé les logements à l’Est, et créé les emplois à l’Ouest. Cet état de fait, tous les élus franciliens en ont hérité, et ils l’ont longtemps regardé avec impuissance. Les moyens d’agir ont tardé. Mais dès que les collectivités ont obtenu de l’Etat la gestion pleine et entière du Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF), nous avons travaillé à des solutions.

 

En lançant d’abord, en 2008, un plan de mobilisation de 18 milliards d’euros pour améliorer l’existant. C’est un travail de longue haleine, mais il commence aujourd’hui à porter ses fruits, avec l’ouverture de nouvelles lignes de tramway, avec le prolongement de 4 lignes de métro, avec les travaux de modernisation des RER. D’autres améliorations sont à venir. En lançant ensuite ce projet du Grand Paris Express. Pendant quatre ans, nous avons travaillé, consulté les Franciliens, bataillé ferme pour aboutir à ce projet tel qu’il existe aujourd’hui.

 

Face au Grand Paris de Nicolas Sarkozy, déconnecté de la vie quotidienne des habitants de l’Ile-de-France, nous sommes parvenus à imposer un projet de transport au service de tous les Franciliens. Ce projet, je l’ai voulu, je l’ai porté, avec l’ensemble des élus de la région et des départements. Ce n’est pas un projet technocratique, c’est un projet démocratique.

 

Il a bien sûr un coût, il est bien sûr difficile à mettre en œuvre, et je comprends que le gouvernement ait voulu en évaluer toute la complexité. J’ai dit moi-même que l’Etat, en avançant le chiffre de 20 milliards d’euros en 2011, avait sous-estimé l’ampleur de cet investissement : il n’avait pas pris en compte la création de nouvelles gares, l’interopérabilité des lignes, les interconnexions avec le réseau existant.

 

Faut-il pour autant renoncer à le faire ? Peut-on dire aujourd’hui aux habitants de Gonesse, à ceux de Champigny ou de Noisy-le-Grand, que le Grand Paris Express qu’ils avaient signé, plébiscité, appelé de leurs vœux, ne passera plus par leur territoire ? Ce serait mépriser les élus et les citoyens qui se sont tant mobilisés. Peut-on dire aux chefs d’entreprises, qui attendent beaucoup de la liaison directe avec Roissy, d’oublier les investissements qu’ils prévoyaient d’engager en Ile-de-France, sous prétexte qu’il faut bien faire des sacrifices au moment où les fonds publics se font rares ? Ce serait nuire à l’attractivité de la région capitale et renoncer à en faire un territoire solidaire et compétitif.

 

Les difficultés sont là, et nous les connaissons. Il faudra sans aucun doute accepter un phasage des travaux et accélérer en contrepartie le plan de mobilisation. Mais je ne laisserai pas sacrifier la cohérence, l’envergure et l’ambition d’un Grand Paris Express qui bouleversera dans les quinze prochaines années le visage de l’Ile-de-France.

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